Gerard Mignot, l’homme qui peignait les toilettes de la Croix-Rousse
Cela fait 20 ans que l’artiste nous a quitté, il est mort en octobre 2004, et « La Croix-Rousse n’est pas à vendre » a décidé de lui rendre un modeste hommage en publiant quelques unes de ses œuvres.
L’homme est né à Lyon le 4 mai 1942 et a passé une partie de sa vie en plein cœur du plateau puisqu’il demeurait petite place de la Croix-Rousse. Nul ne peut dire avec certitude pourquoi il a entrepris cette œuvre. Certains ont évoqué l’idée d’un pari perdu avec des amis mais il n’y a aucune certitude à ce sujet. Ce qui est sûr, c’est qu’à un moment ou à un autre, il a obtenu l’autorisation du maire d’arrondissement de l’époque, Gaby Caillet, pour réaliser ce travail. Il semble que si Gérard Mignot a financé sa 1ère œuvre sur ses deniers personnels, par la suite la municipalité l’a aidé au moyen d’une contribution financière.
Ceux qui se souviennent du personnage le décrivent comme un homme grand, à la forte moustache à la Brassens, la tête couverte d’un chapeau à large bord, portant souvent une veste de velours et traînant son air bougon dans les rues de la Croix-Rousse. Artiste dans l’âme, il était à la fois, dessinateur, peintre, écrivain et même comédien. A plusieurs reprises il a pris la plume et nous a laissé deux polars croustillants : « Cochon qui s’en délie » et « Restons calmes ». Ayant fréquenté l’Ecole des Beaux-arts de Lyon, c’est dans le domaine du graphisme et de la peinture qu’il s’est illustré. Membre fondateur de la République des canuts, il a créé pour elle un blason bien dans l’esprit croix-roussien.
Il nous a légué plusieurs dessins en noir et blanc, pleins de finesse comme le chat botté, le petit chaperon rouge, l’Hôtel de ville de Lyon… Son goût marqué pour le surréalisme transparaît dans ses nombreux personnages à corps d’homme et tête d’animal.
En 1991 il dotait plusieurs bistrots de la Croix-Rousse d’un portrait de la Fanny, personnage bien connu des boulistes qui avaient le malheur de perdre la partie avec le score infamant de 13 à 0.
Il a également créé un journal « La synthèse du glaviot », joué la comédie dans un film de Myriam Boyer. Mais c’est son œuvre picturale sur les vespasiennes de la Croix-Rousse dans les années 83 et 84 qui a le plus marqué les habitants du plateau. Son inspiration, il la puise chez La Fontaine, Magritte, Hergé, Cézanne et puis dans ce qu’il voit au quotidien : la partie de cartes, le jeu de boules à la lyonnaise. Au total c’est près d’une vingtaine d’œuvres qui ont fleuri sur nos vespasiennes d’alors, certes aujourd’hui disparues, mais dont on peut admirer la reproduction sur des cartes postales éditées par l’imprimerie Martineau à Villeurbanne.
Aujourd’hui les vespasiennes multicolores de Gérard Mignot ont disparu du paysage, remplacées par les constructions en béton du groupe Decaux. Munies de portes, équipées d’un rinçage automatique, on y a gagné en hygiène mais l’humour, la poésie et l’esprit créatif de Gérard Mignot nous manquent
Pêche insolite
En février 75, son côté fantasque l’a conduit à organiser, entre copains, une partie de pêche à la ligne, avec des poissons vivants dans une tranchée gorgée d’eau du métro en construction rue de la République.